Perception de la corruption

Perception de la corruption

La Côte d’Ivoire a engagé depuis quelques années de réformes portant sur la prévention et la lutte contre la corruption. Elle a ratification en novembre 2011 la Convention des Nations unies contre la corruption (CNUCC) et la Convention de l’Union Africaine relative à la prévention et à la lutte contre la corruption.). Elle a adopté l’ordonnance n°2013-660 du 20 septembre 2013 relative à la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées. Elle a également par ordonnance n° 2013-661 du 20 septembre 2013 mis en place la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG). Le gouvernement de Côte d’Ivoire a pris divers décrets d’application desdits ordonnances.

Les acteurs nationaux sont quasiment unanimes sur le fait que, relativement au niveau de corruption, la situation ne s’est pas aggravée ces dernières années. Elle s’est améliorée ou du moins, elle est restée inchangée.

Près de la moitié des dirigeants de la société civile (44%) reconnaissent que le niveau national de la corruption s’est amélioré depuis 2013. Les autorités administratives notent une amélioration de la situation de corruption : 12% estiment que l’amélioration est nette et 59% l’estiment légère. L’avis des chefs d’entreprises est partagé entre une légère amélioration (39%) et une situation inchangée (37%). Tant bien même que 12% des chefs d’entreprise notent que l’amélioration est nette.

Les acteurs nationaux fondent leur appréciation de l’évolution du niveau de la corruption principalement sur leurs expériences professionnelles ou personnelles. Les autorités administratives fondent principalement leur opinion sur leurs expériences professionnelles et personnelles (44%) et les informations issues des média nationaux et internationaux (33%) pour juger du niveau de la corruption dans la société ivoirienne. De même les chefs d’entreprise (54%) apprécient l’évolution du niveau de la corruption à travers leurs expériences professionnelles et personnelles (54%) et les faits relatés par les médias (24%). Quant aux dirigeants de la société civile, ils privilégient les faits vécus : 48% se fondent sur leurs expériences et 22% sur les échanges entre partenaires.

 

 

Administration

Entreprise

Société civile

 

Effectif

%

Effectif

%

Effectif

%

Expériences professionnelles/personnelles

15

44.1

73

54.1

11

47.8

Echanges entre partenaires

3

8.8

22

16.3

5

21.7

Structures anticorruptions

5

14.7

4

2.9

-

-

Médias

10

29.4

32

23.7

3

13.0

Autres

1

2.9

4

3.0

4

17.4

Total

34

100

135

100

23

100

Tableau 11 : Source principale d’information sur laquelle les acteurs fondent leur opinion sur l’évolution du niveau de la corruption

 Source : INS, ECA 2015

 

L’ensemble des acteurs affirme que le niveau de la corruption est toujours grave.  Les autorités administratives reconnaissent que le niveau de la corruption est grave (64%). Les chefs d’entreprise se plaignent du degré de la corruption dans le secteur public et estiment que cela apparaît comme un obstacle sérieux au développement de leurs activités. Les chefs d’entreprise estiment que la corruption en Côte d’Ivoire se situe à un niveau de gravité élevé (47%) voir très élevé (39%). Quant aux acteurs de la société civile, ils affirment que la corruption en Côte d’Ivoire est à un niveau très grave (44%) et grave (47%). 

image

Graphique : Perception du niveau de gravité de la corruption Source : ECA 2015

 

Il est, par ailleurs, important de savoir quelles sont les institutions publiques les plus touchées par la corruption et à la réaction des agents publics face à la corruption. 

 

Concernant la perception de la corruption au sein des trois pouvoirs de l’Etat, les acteurs trouvent le pouvoir judiciaire comme étant le plus corrompu et le pouvoir législatif comme étant le moins corrompu. Ainsi, plus la moitié des autorités administratives (53%) trouvent le pouvoir judiciaire corrompu et plus du tiers d’entre eux le trouvent beaucoup corrompu. Alors qu’ils trouvent que le pouvoir législatif n’est pas vraiment corrompu (59%) ou n’est pas du tout corrompu (23%). L’avis des autorités administratives est partagé quant à la corruption du pouvoir exécutif. Les chefs d’entreprises dénoncent le niveau de corruption du pouvoir judiciaire. En effet, plus de la moitié des chefs d’entreprises (53%) le jugent beaucoup corrompu et près d’un tiers y trouvent de la corruption (28%). A l’inverse, les chefs d’entreprise ne trouvent pas vraiment (44%) de corruption au sein du pouvoir législatif. La situation du pouvoir exécutif est intermédiaire entre les deux : 22% ne le trouvent pas corrompu, 34% pas vraiment corrompu, 30% le trouvent très corrompu et 14% le trouvent beaucoup corrompu. Le jugement des dirigeants de la société civile est un peu plus sévère que celui des chefs d’entreprise. Près de quatre dirigeants de la société civile sur cinq (78%) estiment que le pouvoir judiciaire est beaucoup corrompu. Près de deux dirigeants de la société civile sur cinq (39%) estiment que le pouvoir exécutif est, également, beaucoup corrompu. A l’opposé, près d’un sur deux (48%) ne trouvent pas le pouvoir législatif vraiment corrompu. 


Beaucoup corrompu

Plutôt corrompu

Pas vraiment corrompu

Pas corrompu

Administration





Pouvoir judiciaire

38,2%

52,9%

5,9%

2,9%

Pouvoir exécutif 

11,8%

32,4%

32,4%

23,5%

Pouvoir législatif

2,9%

14,7%

58,8%

23,5%

Entreprise





Pouvoir judiciaire

52,6%

28,2%

12,6%

6,7%

Pouvoir exécutif 

14,1%

30,4%

34,1%

21,5%

Pouvoir législatif

10,4%

23,0%

44,4%

22,2%

Société civile





Pouvoir judiciaire

78,3%

13,0%

4,4%

4,4%

Pouvoir exécutif 

39,1%

26,1%

30,4%

4,4%

Pouvoir législatif

17,4%

17,4%

47,8%

17,4%

Perception de la corruption au sein des trois Pouvoirs de l’Etat

 Aussi, le pouvoir judiciaire est unanimement désigné comme la structure publique la plus corrompu. La seconde structure publique la plus corrompu est la police. La troisième place est partagée par le gouvernement et les hôpitaux publics. Les autorités administratives classent le pouvoir judiciaire en première position des administrations les plus corrompues (score 46.2). Le pouvoir judiciaire devance largement les autres administrations au classement. La seconde administration la plus corrompue est la police nationale (score 15.6). Et la troisième est le gouvernement (score 10.6). Les hôpitaux publics (score 9.4) et les impôts (score 6.2) occupent respectivement la quatrième et la cinquième place. Ce sont ces cinq administrations qui sont également les plus corrompues selon les chefs d’entreprise. La première place est encore occupée par la justice (score 39.9), la seconde par la police (score 17.4) mais, la troisième place revient selon les chefs d’entreprise aux impôts (score 11.9) devant les hôpitaux publics (score 9.2). Le gouvernement est classé cinquième avec un score de 7.3. Quant aux dirigeants de la société civile, ils ont identifié quatre structures publiques les plus corrompues. Tout d’abord, la justice (score 42.6) en premier, Le gouvernement (score 12.6) en second, les hôpitaux publics (score 11.7) en troisième et la police (score 8.7) en quatrième position.

image

Graphique 16 : Classement des institutions selon le niveau de gravité de la corruption / Source : ECA 2015

Concernant la capacité de la société ivoirienne à lutter contre la corruption, à l’exception des autorités administratives qui affichent volontiers un optimiste dans la lutte contre la corruption, les autres dirigeants sont réservés sur ce sujet. De plus, moins d’un dirigeant sur quatre pensent que la corruption est solidement ancrée dans la société, le système économique et quelle doit être obligatoirement dénoncée. En effet, 82% des autorités administratives estiment que la corruption peut être profondément réduite en Côte d’Ivoire et 12% pensent qu’elle peut être réduite jusqu’à un certain niveau. Seulement 9% des autorités administratives pensent que celui qui est informé d’un cas de corruption, n’est pas obligé de le dénoncer. Cependant, une autorité administrative (26%) sur quatre pense que la corruption est enracinée dans le monde entier et qu’il est impossible de l’éradiquer. Et, une autorité administrative sur cinq pense que la corruption s’inscrit dans la compétition économique et qu’elle fait partie du système.  Les chefs d’entreprise croient que la corruption peut être réduite jusqu’à un certain niveau (40%) voir profondément (47%). Un cinquième d’entre eux estime que la dénonciation de la corruption n’est pas obligatoire et plus d’un quart considère la corruption comme un élément du système économique qui est mondialement enraciné. Quant aux dirigeants de la société civile, ils estiment la corruption peut être profondément réduite (57%) ou du moins peut être réduit jusqu’à un niveau acceptable (39%). Plus d’un dirigeant de la société civile sur quatre constate que la dénonciation de la corruption n’est pas obligatoire et même que la corruption est mondialement rependue et qu’elle est liée au système économique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Administration

Entreprise

Société civile

 

Effectif

%

Effectif

%

Effectif

%

Capacité nationale à lutter contre la corruption

 

 

 

 

 

 

La corruption peut être complètement éradiquée

2

5.9

9

6.7

-

-

La corruption peut être profondément réduite

28

82.4

64

47.4

13

56.5

La corruption peut être réduite à un certain niveau

4

11.8

55

40.4

9

39.1

La corruption ne peut être combattue

-

-

7

5.2

1

4.4

Total

34

100

135

100

23

100

 

 

 

 

 

 

 

Socle de la corruption

 

 

 

 

 

 

La dénonciation de la corruption n’est pas obligatoire

3

8.8

24

17.8

6

26.1

La corruption fait partie de nos pratiques

1

2.9

8

5.9

1

4.3

La corruption est mondialement enracinée

9

26.5

37

27.4

6

26.1

La corruption s’inscrit dans le système économique

7

20.6

39

28.9

6

26.1

Total

34

100

135

100

23

100

Capacité de la société ivoirienne à combattre la corruption / Source : INS, ECA 2015

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